Revue de Presse

Article du journal Metropole: Mai 2007

KATIA BELTRAMI

Pour me préparer au premier groupe spirituel que j’allais guider en Inde du Nord, mon patron m’avait demandé d’aller rencontrer Lung Teipai Nyma au monastère de Menri perché dans les montagnes. Le but était que je crée un lien avec ce grand maître, soit l’équivalent du Dalaï Lama de la religion Bön (la plus ancienne religion du Tibet), pour faciliter le contact de mes voyageurs lorsque j’emmènerais des groupes là-bas. J’avais rencontré plusieurs maîtres auparavant et savais comment me comporter avec tout le respect qui se doit en présence de tels êtres.


Je partais donc bien confiante et assurée que notre relation se formerait rapidement et sans anicroches. Le bonheur de ma mission accrochée aux lèvres, j’ai pris la route depuis Delhi dans un bus douteux bombé de locaux. Après 10 heures les genoux dans le front, le cœur encore solide, je serpentais les contreforts de l’Himalaya avec une vue majestueuse qui surplombait les cultures en paliers. L’exaltation du paysage me faisait oublier le danger de la route et ma foi en la vie avait augmenté.


Plus rien ne pouvait m’ébranler. Et pourtant à mon arrivée au monastère, le maître, devant tous ses moines, me pointa du doigt en me disant dans son anglais le plus enfantin: «You! You, very, very, bad!» Horreur inimaginable, pourquoi la colère des dieux me tombait-elle sur la tête! J’aurais bien dû devenir rouge de honte; cependant, la puissance des lieux mystiques semblait me supporter. À mon grand étonnement, je suis restée d’un calme zen et lui ai souri comme si il m’avait dit: «Bienvenue!». Il s’avérait que le message de mon séjour en solitaire s’était mal rendu et que les moines avaient acheté de la nourriture pour une armée en pensant que j’arrivais déjà accompagnée.


Je lui ai proposé de payer les vives et d’aller les offrir à l’orphelinat lié au monastère. L’air encore insatisfait, il m’a fait savoir que c’était une erreur qui avait fait manquer la prière à plusieurs moines. Il semble que le pouvoir de ces mêmes prières m’empêchait de me sentir coupable. Me voyant ainsi inébranlable, il s’est mis à rire à gorge  déployée… Le tour était joué, notre relation à jamais soudée! Inutile de vous dire que j’y ai vu un test, ne serait-ce qu’avec moi-même! Maintenant, je sais que ce ne sont pas les événements extérieurs qui importent, ni ce que les gens disent de nous. L’important, c'est ce qui se passe à l’intérieur de nous et dicte comment nous réagissons aux situations.


Croyez-vous vraiment toujours ce que le maître de la vie vous dit?


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